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Un lieu atypique

On a rallumé les forges...

Le théâtre du festival «La Voix des Forges» est au cœur d’un site d’une longévité exceptionnelle.

Le long du Schwartzbach, au pied des Vosges du Nord regorgeant de minerai de fer, Adam Jaeger, prévôt de Schoenau, y a érigé en 1602 une forge, dont le roulement était assuré par un approvisionnement en bois provenant des riches forêts environnantes. «Jaegerthal» était né. Ravagée en 1631 par la Guerre de Trente Ans, plusieurs investisseurs tentent de restaurer la forge mais sans succès. En 1684, Johann Dietrich (également connu sous le nom de Jean II Dietrich), le fils de l’Ammeister de Strasbourg Dominicus Dietrich, prend une part dans l’affaire puis parvient à racheter en 1685 aux autres actionnaires le restant du capital. Désormais, le destin du site est lié à celui de la dynastie de Dietrich. Le 5 avril 1685, la forge résonne à nouveau de l’activité d’ouvriers qualifiés et de techniciens. Le site de production se compose, à la veille de la Révolution française, d’un haut-fourneau, parfois déplacé – celui de 1723 a été installé dans la partie basse du hameau de Jaegerthal – et de grosses forges. On y trouve cinq feux avec leurs soufflets et deux gros marteaux constamment en activité, les magasins et les halles à charbon. Un bocard et un martinet à casser les pierres à chaux complètent le dispositif.

Aujourd’hui en ruines, il faut imaginer le site à son âge d’or. Philippe Frédéric de Dietrich le décrit en 1789 dans une publication :

« Le fer embrasé de toutes parts, le mouvement des roues, un grand nombre d’ouvriers, toujours en action, étonnent la vue et l’ouïe dans ce vaste atelier, et forment une scène tumultueuse, qui contraste d’une manière frappante avec le calme des eaux et le repos de la nature, dont on reçoit l’impression sur cette digue» (Dietrich, P.F. (de) (1789). Description des gîtes de minerai d’Alsace. Paris: Didot, p.335).

La Révolution française interrompt l’activité des forges, mais une femme d’affaires du XIXe siècle s’emploie à la remettre sur pieds : Amélie de Berckheim, qui épouse Jean Albert Frédéric de Dietrich, le fils du maire de Strasbourg et auteur de l’extrait précédent. Veuve en 1806, elle se consacre pendant cinq décennies au développement de l’entreprise familiale.

En 1885 a lieu à Jaegerthal le dernier allumage du haut-fourneau. Le site est définitivement fermé en 1890, l’entreprise misant sur ses autres établissements plus modernes. Il subsiste encore aujourd’hui le magasin des fers, la halle à charbon, l’installation hydraulique sur le Schwartzbach ainsi que la digue sur l’étang.

Mais surtout, en 2019, Céline Mellon, artiste lyrique et descendante d’Amélie de Dietrich, prend la décision de réinvestir les lieux pour y organiser un festival annuel de musique. Ce sont désormais des spectacles qui «étonnent la vue et l’ouïe» des visiteurs et font à nouveau résonner les forges. Passants, ne soyez donc pas étonnés de voir, certains soirs de juillet, le site de Jaegerthal aussi fréquenté qu’à l’âge d’or des forges.

 

Daniel Fischer

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© Indris Huqi

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